Procès Maradona : jusqu’à 12 ans de prison requis contre les soignants
Le procureur Patricio Ferrari a distingué deux groupes parmi les sept soignants jugés à San Isidro et n’a rien demandé contre le dernier.

Jeudi 8 octobre, l’accusation a demandé entre 4 et 12 ans d’emprisonnement à l’encontre de six des sept professionnels de santé jugés après le décès de Diego Maradona, fin 2020. Pour le septième accusé, il n’a réclamé aucune sanction. Le procureur Patricio Ferrari a parlé pendant plus de trois heures, au terme de six mois d’audiences devant le tribunal de San Isidro, dans le nord de Buenos Aires.
En bref
- Pour le septième accusé, il n’a réclamé aucune sanction.
- Contre ces trois personnes, Patricio Ferrari a dénoncé l’absence de mesures correctives alors que le risque avait été anticipé.
- Le tribunal rendra ensuite son verdict à une date qui n’a pas encore été fixée.
Selon RMC Sport, le magistrat considère que le noyau de l’accusation a tenu tout au long du procès. À ses yeux, les débats ont mis au jour une « désorganisation totale » autour du patient. Il a qualifié l’entourage médical de « groupe d’amateurs », incapable de garder en tête la fragilité de l’homme qu’il soignait. Il lui reproche d’avoir laissé grandir un danger identifié, certains soignants l’ayant accepté avec indifférence.
À 60 ans, une crise cardiorespiratoire accompagnée d’un œdème pulmonaire a emporté l’ancien footballeur, surnommé le « Pibe de oro ». Il a été découvert le 25 novembre 2020 dans la matinée, étendu sur son lit, dans une résidence de Tigre où il convalescait après une opération bénigne de neurochirurgie. Depuis avril, sept professionnels de santé répondent de négligences potentiellement fatales pendant cette hospitalisation à domicile. Selon La Dépêche, la peine maximale encourue atteignait 25 ans.
Qui risque quoi : deux groupes et un accusé hors réquisitions
Il distingue deux ensembles de prévenus. Pour trois d’entre eux, il retient l’homicide avec dol éventuel : des négligences commises par des soignants conscients qu’elles pouvaient être mortelles. Il demande alors de 8 à 12 ans de prison. Pour trois autres, il se limite à l’homicide involontaire, une qualification plus légère, et propose de 4 à 5 ans.
| Accusé | Fonction | Peine requise |
|---|---|---|
| Leopoldo Luque, 44 ans | Neurochirurgien, médecin de confiance de Maradona | 12 ans, interdiction d’exercer 10 ans |
| Nancy Forlini | Coordinatrice médicale pour le prestataire privé chargé des soins | 10 ans, interdiction d’exercer 10 ans |
| Agustina Cosachov | Psychiatre qui suivait Maradona | 8 ans |
| Carlos Diaz | Psychologue | 5 ans |
| Mariano Perroni | Coordinateur infirmier | 4 ans |
| Ricardo Almiron | Infirmier | 4 ans |
| Pedro di Spagna | Médecin | Aucune peine requise |
Les trois peines les plus lourdes visent Leopoldo Luque, Nancy Forlini et Agustina Cosachov. Le procès présente le premier comme le médecin de confiance du joueur et un décideur dans l’entourage soignant, la psychiatre étant décrite comme décisionnaire à ses côtés. Contre ces trois personnes, Patricio Ferrari a dénoncé l’absence de mesures correctives alors que le risque avait été anticipé. Il a insisté sur la passivité de Luque face à des signaux d’alarme tels que l’insuffisance cardiaque et les œdèmes.
Le cas de Pedro di Spagna est à part. Ce médecin extérieur à l’équipe n’a vu Maradona qu’une seule fois pendant la convalescence. Selon Midi Libre, le procureur estime que le procès n’a établi aucune responsabilité pénale de sa part. Il n’aurait détenu, a ajouté Ferrari, « ni pouvoir ni décision » concernant la santé du joueur.
Un lieu mal équipé et des signaux d’alerte ignorés
Une bonne partie des 45 audiences a porté sur le choix de l’hospitalisation à domicile plutôt qu’un séjour en centre de soins. Les débats ont aussi pointé le faible équipement de la résidence : ni lit médicalisé, ni défibrillateur, ni perfusion à portée de main, ni ambulance disponible sur place.
Le suivi du joueur pendant ses derniers jours a lui aussi été passé au crible. Plusieurs experts entendus à la barre estiment que l’équipe médicale et paramédicale a laissé sans réponse des alertes cliniques : gonflements, œdèmes, ascite, difficultés à respirer, tachycardie. Le procureur adjoint Cosme Iribarren a résumé que les signes d’une issue fatale étaient apparus longtemps à l’avance.
Pendant le réquisitoire, le tribunal a de nouveau vu le cliché de Maradona allongé sur son lit de mort, ventre très gonflé, déjà projeté à l’ouverture du procès en avril. Devant cette image, Ferrari a évoqué la fin du 25 novembre et parlé d’une « chronologie d’une mort annoncée », qui résulte selon lui de ce que les responsables de la santé du patient ont fait, et de tout ce qu’ils n’ont pas fait. L’AFP, citée par RMC Sport, rapporte que les filles du joueur ont alors caché leur visage entre leurs mains.
De leur côté, les accusés rejettent toute responsabilité dans le décès. Ils invoquent des causes cliniques étrangères à leur spécialité, ainsi que le rôle limité que chacun tenait autour de l’ancien joueur.
La suite : deux semaines de plaidoiries
Les premières plaidoiries ouvrent la dernière phase du procès. Réquisitions et plaidoiries doivent se poursuivre sur environ deux semaines. Le tribunal rendra ensuite son verdict à une date qui n’a pas encore été fixée.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Green Mostaza. Licence : CC BY 4.0.



